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Mardi 28 mars 2006
Ce matin-là, je me le rappelle comme si c'était aujourd'hui ou pis encore, car maintenant il a cessé de pleuvoir, le soleil darde ses rayons à travers la vitre d'en face qu'un volet couvre à moitié, alors que l'autre, mi-ouvert, tangue sous les coups de vent. Cet été-là, ce n'était pas pareil, alors là pas du tout. Déjà, il faisait tellement chaud que parfois mon souffle bête et triste embuait les vitres, créant un étrange effet de serre.
 Depuis des semaines, je n'arrêtais pas de broyer du noir, de me dire que c'était fichu, tant pis, du boulot, y en avait pas pour tout le monde. L'été fut affreux ici, dans ma mansarde du cinquième, à lire et relire despérément bouquin sur bouquin, à vivre entre Ravalec et Arundhati Roy (mes amis essentiels), à balancer un sourire en fil à coudre après chaque phrase du feu Philippe Roth ou même, à gribouiller des pages d'un soi-disant roman que je finirai peut-être jamais: à l'époque, j'y croyais dur comme fer.

    Il est des coups de fil rédempteurs comme des appels venus d'un autre monde, des appels à la vie (un rdv manqué) qui te poussent à sortir de ce maudit appart où la vie s'émousse, la télé te file l'image d'univers parallèles, de mondes qui devraient refaire l'histoire, d'ici vingt, trente ans, du moins. Je m'en souviens: les gens du monde entier se réjouissaient de la capturation de Saddam Hussein, c'était la fête. Moi, ça allait, ça me transcendait pas autant. Et puis ça a sonné. Franchement, ça a sonné quand je m'attendais le moins. Je lisais aux chiottes, il me semble bien. C'est de là qu'on repart toujours dans la vie.



Par mercutio - Publié dans : sarcasticstar
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