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Jeudi 6 avril 2006

Vendôme, c'est une place. Les Parisiens savent bien où c'est, mieux que moi, en tout cas. Mais la ville, sait-on où elle se trouve, cette ville? Non, ce n'est pas au bout du monde, ni dans son trou du cul, ce serait trop facile. Après, d'accord, des questions de ce genre sont un peu risquées, je sais. Déjà, on est tout le temps nouveaux dans la vie, obligés à serrer des fesses pour s'intégrer. Nouveau-nés, au départ, nouveaux tout court après, chaque fois qu'on s'insère dans un autre milieu. Et un jour, on arrive à Vendôme, à la petite gare. Après un coup de fil, certes, cette fois-ci, celui venu de nulle part. Dans les ruelles étroites, les vieux traînent leur existence en chariots Monoprix. Les poivrots s'entassent dans les troquets du coin et y restent jusqu'à ce que la réalité se mette à loucher.  Des boutiques pêle-mêle créent un simulacre de vie citadine. A un carrefour, se recontrent trois poivrots, se serrent la pince. Je me sens un peu paumé, j'ai toujours eu des problèmes d'orientation. Ils ne le savent pas, c'est normal. L'un d'entre eux se retourne et me la serre aussi, comme dans une blague sur les Belges. Dans des moments pareils, l'instant qui suit, j'ai un coup de cafard.

En haut de la ville, là où le filet du Loir est imperceptible et la ville s'écrase sous le poids de la côte, une forteresse inexpugnable s'étend à perte de vue. Le reste, c'est une étendue de brousse et de maissonnettes sympas, pour des gens aux prises avec la ville et son train-train tapageur. J'étais arrivé par le train de l'après-midi, il faisait chaud, trop chaud. Les petits coins, c'est pas mon truc: on s'y fait trop chier, les journées sont nombreuses, le monde est exigu. Tout y est d'un calme affolant, la vie se traîne farouchement, monotone et lourde.

La forteresse était, en réalité, une cité scolaire. D'un bâtiment à l'autre, des gens, élèves et adultes confondus, défilaient ronchons, las de rester enfermés à longueur de journée. Tout le monde avait sa place, bien précise, bien défrichée, à l'image d'une société en miniature: les élèves se ramenaient avec leurs sacs, les profs les suivaient de près, dans les couloirs glauques, à peine balayés par les dames de ménage. Les bâtiments étaient dans un état de délabrement effarant, propre aux cités banlieusardes.

 Des coins comme cela, on les appréhende vachement. Moi, de fait, je me sentais complètement largué. J'attendais la suite comme une condamnation ou encore comme un verdict, comme tout autre incontournable de la vie. D'ailleurs, les coups, on les attend toujours le coeur serré. On attend que le flot gicle inopinément, que cela nous terrasse. Alors la vie nous prend dans son filet et nous jette dans l'eau fangeuse de l'inconnu. Et si on  part plutôt naïvement pour rejoindre l'avenir, une fois qu'il fond dans le passé, on est transis de peur.




Par mercutio - Publié dans : sarcasticstar
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