Les étoiles ne font pas d'étincelles. Cela brille calmement, sans encombre ni rien, des guirlandes infinies. Vous étiez ados, souvenez-vous-en! La nuit, vous traîniez pas mal, on est d'accord. Quand vous rentriez, ça allait pas des masses. OK, vous y êtes: jamais vous n'auriez fait footballeur. Moi non plus, vous savez. Je suis de nature trop angoissée pour la mettre au fond de six mètres, même si le gardien part dans l'autre sens. Les coups de tête me provoquent déjà un assez terrible malaise dans la vie, pour en tenter sur un terrain de foot. C'est pour cela que je préfère le fauteuil, la télécommande à la main. La veille d'un match important, je ne fais pas grand-chose, en général. Je bouquine pour tuer le temps ou je traîne sur le net. Pour me mettre un peu dans le bain, j"épluche la presse. S'il pleut, je dors toute la journée; cela me permet d'être frais et dispo à l'heure du match. Et puis, d'un coup, cela commence, on devient supporter. Pour quatre-vingt-dix minutes; le reste, on s'en fout.
Stéaua, en roumain, veut dire étoile et on en a tous une. Les Anglais ont inventé le foot, tant mieux, d'autant mieux que ce fut avant les antidépresseurs. La télé sur internet, c'est de date récente, comme les bandes annoces et d'autres astuces internautes, ça s'entend. Les antidépresseurs, quant à eux, je n'en ai aucune idée, mais on s'en fout aussi. Ce qui est certain, c'est qu'après un tel match, on ne va pas mieux.
Le pire, c'est de croire avoir gagné avant le coup de sifflet final de monsieur l'arbitre, ça se paye cher. Le mieux, ce n'est pas de tenir jusqu'au bout, mais de l'échapper belle, de s'en sortir dans la dernière demi-heure. C'était peu envisageable. Les Anglais devaient marquer trois buts. Fallait pas rêver ou si, justement. Le prénommé Maccarone l'a fait, à la quatre-vingt neuvième minute. Un bête coup de tête sur un centre de je ne sais plus qui et la sortie hasardeuse du gardien a scellé l'affaire. THE END: la finale sera anglo-allemande.
Tout compte fait, jouer, c'est mieux que vivre. On joue pour gagner, alors que vivre, on vit tout court, advienne que pourra. Autrement, en foot aussi, y a défaite et défaite, mais quand cela me retombe dessus, je préférerais simplement vivre. C'est ce que je m'étais dit hier soir, après la demi-finale de la coupe UEFFA. J'étais pour Stéaua, tant pis. Oui, ils ont perdu, Le Monde le dit, l'Equipe aussi. 4-2: l'affaire est pliée. Le match, je l'ai vu, à la télé, sur skype. Voulez-vous que je répète? Ah, skype, c'est de la télophonie gratuite sur internet. Je vous la conseille, c'est vachement pratique. Même pour voir des matchs.
Au bout d'une demi-heure de jeu, le Stéaua était qualifié en finale, dix-sept ans après. Les Anglais de Middlebrough le sont maintenant, au terme d'un match ambigu, d'une deuxième mi-temps fadasse. Tant pis, tout est à refaire. La vie va bon train, sans finale étoilée, sans étoile éticelante. Cela brillera un peu moins, mais après ce match, surtout après ce match, plus rien ne compte.