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Mardi 2 mai 2006
Une adolescente nous a envoyé une lettre d'adieu. Pas qu'à moi et aux miens, mais à nous tous, humains ou presque. Vous ne la connaissez pas, je la connais à peine. C'est une fille genre mamie, aux hanches globuleuses, aux seins mamélonesques pendant lascivement au niveau de l'embonpoint. Elle porte souvent des débardeurs ou alors des chemisiers au décolleté proéminent. Pas moyen de la louper.
J'ai dû lui adresser la parole quelques fois, au fil des journées longues et tristes d'une bourgade quelconque (la nommer, ce serait trahir l'humanité) et alors ce ne fut que pour des réprimandes ou des répliques moralisatrices. A tous les coups, elle me tournait le dos, indifférente ou carrément méprisante comme pour me dire qu'elle n'en avait rien à foutre de moi, de mes propos, de tout, que la vie était ailleurs et qu'il fallait la croquer à pleines dents. Et puis, elle nous a envoyé une lettre. Ce fut un après-midi d'automne, quand l'été bat de l'aile et la lumière éblouissante filtre une impuissance factice, transitoire. Une amie à elle la coursait dans le bois. Son amie, vous ne la connaissez pas, moi non plus. C'est toujours une de ces ados délurées qui nous casse les bonbons à longueur de journée. Elle, la lettre, ça l'a vachement émue. Renversée, carrément. Elle pleurait à chaudes larmes en la lisant. Pas qu'elle, certes, ça chialait par bandes entières comme lors de la mort de Kurt Cobain.
Mais finalement, qu'est-ce qu'ils écrivent d'émouvant les adolescents, les adolescentes? Ils nous disent que la vie n'a pas de sens, elle ont l'impression d'en détenir le secret. C'est pourquoi ils écrivent des lettres d'adieu. Au revoir, ça va pas, je m'en vais. Non, je ne reviens plus. Plus jamais. La vie, j'en ai eu ma dose. Vous ne pourrez pas me comprendre, de toute manière. Et ils se la jouent pas, franchement. Ils vivent un drame shakespearien, un vrai. Alors, s'il arrive qu'une tête à claque lui fasse des réflexions, à cette gamine, elle se laisse pas faire, attention! Fratérnité, d'accord, mais votre égalité me soûle, monsieur.
Ouais, après une tentative de suicide, on se fait suivre par un psy. On l'imagine sur différentes façons, mais en règle générale, c'est le genre de mec censé nous faire croire que la vie, ça vaut vachement le coup. Schopenheur l'a dit: l'être humain est digne de compassion. Alors, de retour à l'école, la fille donne un coup de poing à un baltringue qui l'avait traîtée de grosse vache, comme ça, parce qu'elle l'avait fait chier. Le mec tient bon, ne répond même pas, il en a l'air fier, d'ailleurs. En même temps, c'est vrai, on ne gagne jamais par le coup de force.
Par mercutio - Publié dans : sarcasticstar
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